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Charlotte de David Foenkinos

Charlotte

Roman de David Foenkinos

Éditions Gallimard – 2014

Ce roman de David Foenkinos surprend par son écriture. L’auteur a pris le parti des phrases courtes, une phrase par ligne. Il l’explique :

« Je n’arrivais pas à écrire deux phrases de suite. Je me sentais à l’arrêt à chaque point. Impossible d’avancer. C’était une sensation physique, une oppression. J’éprouvais la nécessité d’aller à la ligne pour respirer.

Alors j’ai compris qu’il fallait l’écrire ainsi. »

Ce roman raconte la vie de Charlotte Salomon, une jeune juive allemande. Cette jeune artiste talentueuse avait réussi à suivre des cours dans l’École des Beaux-Arts de Berlin malgré les nouvelles règles d’exclusion des juifs. Elle venait de tomber amoureuse quand elle a dû quitter sa famille, abandonnait ses études pour se réfugier en France auprès de ses grands-parents laissant derrière elle l’homme qu’elle aimait. Charlotte s’est réfugiée dans cette histoire d’amour par la peinture.

L’histoire de cette jeune femme est poignante. Nous rentrons dans l’histoire de cette jeune fille qui découvre l’horreur du monde et les premiers élans amoureux. Toute cette noirceur nous prend au cœur.

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Oublier Klara d’Isabelle Autissier

Oublier Klara

Roman d’Isabelle Autissier

Éditions Stock – Avril 2019

Iouri installé depuis plus de vingt ans aux États-Unis a été appelé à Mourmansk en Russie, au chevet de son père mourant. Revenir auprès d’un père qui a été violent, n’est pas facile pour Iouri, mais quelque chose le pousse à revenir sur les lieux de son enfance malheureuse. Une seule chose retient le vieil homme de quitter ce monde. Cet homme rude qui a fait carrière en tant que patron de pêche voudrait savoir ce qui est arrivé à sa mère Klara arrêtée sous ses yeux et devant son père Anton, à l’époque stalinienne, alors qu’il n’était qu’un enfant. Il confie à Iouri son fils, le soin de mener l’enquête et de retrouver les traces de cette grand-mère qu’il avait fallu oublier.

Ce très beau roman d’Isabelle Autissier nous fait entrer dans la vie de trois générations marquées par le communisme. Avec beaucoup de talent, l’auteur nous plonge dans l’univers de ce peuple meurtri qui peine à regarder sa propre histoire en face.

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L’insouciance de Karine Tuil

L’insouciance

Roman de Karine Tuil

Éditions Gallimard – Septembre 2016

Ce roman est une plongée dans l’univers violent de notre société. Le
lieutenant Romain Roller rentre dévasté d’Afghanistan où il s’est trouvé
confronté à l’insoutenable (Embuscade du Uzbin le 18 août 2018). L’armée les
contraint à un séjour de décompression pendant lequel il aura une liaison avec
la journaliste Marion Decker. Lui qui s’accroche à ce souffle de vie apprend
qu’elle est la femme d’un célèbre homme d’affaires et a ses amis d’enfance. L’un
d’entre eux est Osman Diboula, un fils d’immigrés ivoiriens devenu une des
personnalités montantes de la sphère politique. Le destin de ces personnages
s’entremêle au fil des pages. Les épreuves que chacun d’entre eux subit vont
faire éclater leur vie et leur faire perdre toute leur insouciance.

J’ai vraiment beaucoup aimé ce livre qui rend compte de l’état d’esprit de
notre société après l’attentat du 11 novembre 2001 et de l’entrée en guerre en
Afghanistan. Nous avons tous perdu un peu de notre insouciance après cet
évènement et les attentats en 2015 en France. Hélas, dans l’horreur, la réalité
dépasse la fiction !

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Une femme en contre-jour de Gaëlle Josse

Une femme en contre-jour

Biographie romancée de Gaëlle Josse

Éditions Noir sur blanc – Collection Notabilia – Mars 2019

Gaëlle Josse raconte la vie de Vivian Maier (1926-2009), une photographe inconnue du public de son vivant à partir de cartons oubliés au fond d’un garde-meuble de Chicago. L’auteur nous fait découvrir une femme qui a travaillé comme nurse toute sa vie tout en se passionnant pour la photographie, elle profitait de ses sorties avec les enfants dont elle s’occupait pour faire des photos. Les clichés développés après sa mort ont permis de découvrir son travail. Vivian Maier avait une justesse dans son regard sur le monde, sur les gens de la rue.

Gaëlle Josse m’a permis de découvrir une grande photographe, un regard de femme sur le monde de la rue. Voici un aperçu de son travail :

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Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Tous les hommes n’habitent pas le monde de la même façon

Roman de Jean-Paul Dubois

Éditions de l’Olivier – août 2019

Paul Hansen doit purger une peine de prison de deux ans à Montréal. Il partage sa cellule avec Patrick Horton, un Hell Angel incarcéré pour meurtre. Qu’est-ce qui a pu amener ce fils de pasteur danois et d’une mère française dans cet univers carcéral ? Le superintendant de L’Excelsior était pourtant un homme très calme, aimé de sa compagne Winona et des habitants de la résidence.

Ce beau roman de Jean-Paul Dubois laisse planer un certain suspens et développe des problèmes de sociétés très actuels. Emprunt du sentiment de fraternité et de révolte contre toutes les injustices, ce livre nous fait voyager d’un bout à l’autre du monde, d’une culture à une autre.

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Ces rêves qu’on piétine de Sébastien Spitzer

Ces rêves qu’on piétine

Roman de Sébastien Spitzer

Les Éditions de l’Observatoire – septembre 2017

Livre de Poche – Janvier 2019

Magda décide de s’enterrer dans le bunker avec les derniers dignitaires de l’Allemagne nazie, de suivre son Führer jusqu’au bout. L’auteur a romancé les derniers jours de l’épouse de Goebbels et nous dévoile les secrets de la femme la plus puissante du III Reich. Au même moment, les Allemands en pleine débâcle cherchent à cacher les preuves de leurs actes en éliminant les survivants. Certains auront plus de chance et arriveront à s’enfuir. Judah, Fela et sa fille Ava, tous trois rescapés des camps arriveront-ils à sauver les lettres de Richard Friedländer raflé parmi les premiers juifs à sa fille qui n’est autre que Magda.

Ce roman extrêmement bien écrit m’a tenu en haleine. En racontant ces deux histoires en parallèle, l’auteur nous offre un livre superbement construit. On a beau connaître la terrible fin de Magda, nous avançons dans le roman en nous demandant comment une femme peut aller jusqu’à cette solution finale, on a envie de comprendre. Par la fuite des rescapés, Sébastien Spitzer a donné du rythme à l’histoire de ces lettres sauvées et nous raconte ainsi toutes les horreurs de cette guerre.

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Je reste ici, de Marco Balzano



Je reste ici

Roman de Marco Balzano

Traduction de Nathalie Bauer

Éditions Philippe Rey – 2018 et 10/18 – 2019

Irina a grandi à Curon, un village de montagne sur un territoire autrichien annexé par l’Italie en 1923 sous le régime fasciste de Mussolini. Le nouveau régime décide de relancer le projet de barrage pour produire de l’énergie hydraulique. Deux villages Resia et Curon seront sans doute immergés. Son rêve de devenir institutrice s’évanouit avec l’interdiction de parler allemand, leur langue maternelle. Quand Hitler prend le pouvoir, certains villageois espéreront être récupérés par l’Allemagne et voir s’arrêter la construction du barrage.

Marco Balzano a su raconter l’histoire avec un grand H à partir du combat d’une famille contre ce projet destructeur de leur environnement, sujet d’autre part hautement d’actualité. Comment ne pas se laisser emporter par le jeu des puissants quand on est simple villageois, comment choisir de partir ou de rester, de combattre d’un côté ou d’un autre, ou de refuser le combat et fuir, tels sont les sujets cruciaux traités avec soin dans ce très beau roman.

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L’obsession Vinci, de Sophie Chauveau

L’obsession Vinci

Roman de Sophie Chauveau

Éditions Gallimard Folio – 2007

Léonard de Vinci, le peintre, le célèbre inventeur, le plus grand des précurseurs du XVe siècle a laissé à la postérité le sourire énigmatique de la Joconde. Dans « L’obsession Vinci », Sophie Chauveau rentre dans l’intimité du savant qui voulait tout comprendre, tout résoudre. Léonard ne s’intéresse à un sujet que si sa curiosité est piquée. Cet homme a un besoin fou de reconnaissance, d’amour. Tant qu’il le pourra, il se mesurera aux peintres de sa génération à Botticelli, Michel-Ange … Se sentant incompris dans sa propre ville Florence, rejeté dans les grandes cités d’Italie, il côtoie pourtant les puissants qui ont besoin de son génie militaire pour remporter les victoires.

Derrière l’inventeur et le peintre, l’auteur nous conte l’homme, plein de vigueur à la sexualité débridée, sa personnalité généreuse, mais aussi son obsession d’être adulé. Elle nous offre un autre regard sur le personnage et par ce récit nous décrit la fin du siècle de Florence, siècle où l’art avait dl’importance aux yeux des puissants, où les peintres cherchaient à se libérer du dictat de l’Église, des commandes codifiées. J’ai été passionnée par ce personnage et son envie de créer à tout prix.

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Par les routes, roman de Sylvain Prudhomme


Par les routes

Roman de Sylvain Prudhomme

Éditions L’arbalète Gallimard – Août 2019



L’écrivain vient s’installer dans une petite ville du Sud de la France pour écrire au calme son prochain roman. Par hasard, il rencontre l’auto-stoppeur, un ami auquel il n’avait plus pensé pendant des années. L’envie de savoir ce qu’est devenu son ancien compagnon de route le pousse à le revoir. L’auto-stoppeur est maintenant marié et père d’un jeune garçon. Le lien qui les unissait se reforme dans ce nouveau contexte familial.

Ce beau roman de Sylvain Prudhomme m’a séduite . Les sentiments forts d’amitié, d’amour s’entremêlent dans un canevas que nous suivons au fil des rencontres, des lettres, des cartes postales et des photos envoyées …

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Cueilleuse de thé

Cueilleuse de thé

Roman de Jeanne-Marie Sauvage-Avit

Édition Pocket – Janvier 2019

Shenlaheila, une jeune cueilleuse de thé dans une plantation du Sri Lanka près de Colombo, se sent vulnérable depuis la mort de sa mère. Le kangani Datu-Guemi, le contremaître la regarde avec trop d’attention. La jeune femme décide de partir en Angleterre dans le but de se former à la comptabilité et au commerce pour revenir travailler en tant que vendeuse et pouvoir un jour tenir sa propre boutique. L’argent que sa mère a mis de côté lui servira pour quitter l’île. Les ambitions de Shenlaheila sont mises à mal par la réalité, mais de bonnes personnes l’aideront sur son chemin.

Ce livre qui a reçu le prix du roman romantique raconte une belle histoire. Il le mérite, l’écriture est agréable, les personnages attachants. J’aurai aimé plus de descriptions du Sri Lanka, sentir la moiteur, voir les couleurs vives et leurs contrastes. L’écrivain nous plonge dans un univers dur où les droits de la femme ne sont pas respectés. Derrière la belle carte postale se cache une autre réalité que le touriste ne découvre pas forcément. Mais attention de ne pas stigmatiser, le nombre de femmes tuées par leur conjoint en France au courant de l’année 2019 est aussi une réalité non visible. Le roman évoque en grande partie les espoirs du migrant et ses désillusions. Shenlaheila, l’héroïne est une battante qui sait trouver le positif dans ses nouvelles expériences.

L’auteur s’est documenté, elle donne ses sources à la fin du roman. J’ai trouvé le rapport de stage d’Aude Antoinette, « Les cueilleuses sri lankaises : Rapports sociaux de sexe dans les plantations de thé » très interressant. Les plantations du Sri Lanka manquant de main-d’oeuvre ont fait venir des femmes du sud de l’Inde pour cueillir le thé. Elles étaient déconsidérées, mal logées, mal payées … à la merci des kanganis. L’alcool a un rôle amplificateur sur les violences faites aux femmes.